Thomas Tronel Gauthier - Ke'a Tuki

Thomas Tronel Gauthier - Ke'a Tuki

Thomas Tronel Gauthier - Ke'a Tuki

Ke’a tuki
2012

Pilon en lave des Îles Marquises, plâtre polyester teinté, pigment noir minéral, Valchromat gris anthracite
120 x 15 x 36,5 cm

La pièce intitulée «Ke’a tuki» du nom marquisien donné à ces traditionnels pilons taillés dans la lave
volcanique, traite du rapport culturel à la copie qu’entretiennent les habitants des Marquises.
Copier, c’est en effet assurer la transmission du savoir-faire des ancêtres et préserver ce qu’il reste de leur culture.
Partant d’un exemplaire traditionnel de pilon typique de l’île d’Hiva Oa, réalisé par un sculpteur local, s'en
suit une série de huit «clones» qui se dépigmentent par étapes, formant un nuancier de gris jusqu’au blanc.
Le pilon traditionnel marquisien est un des derniers vestiges de la culture des ancêtres (qu’il s’agisse de
religion, langue, mythologie, art, traditions orales, danses, musique) en grande partie éradiquée au XIXe
siècle par la colonisation et l’évangélisation des populations. Il est traditionnellement conçu par des hommes
et utilisé par des femmes pour l’élaboration des différents plats traditionnels tels que la fameuse Popoi’
(purée fermentée du fruit de l’arbre à pain).
Ergonomique et de bonne maniabilité, le pilon Ke’a tuki, fier de ses différentes formes phalliques (déclinées
d’île en île) se retrouve encore de nos jours dans chaque cuisine (suspendu par le haut à une corde), et
constitue l’un des objets identitaires de la culture marquisienne.
Cette série évoque à nouveau la question de l’original et du multiple dans la sculpture, et pose un regard sur
cet objet utilitaire et artisanal qui n’a pas encore été substitué par un produit de l’ère industrielle.
Cette lignée de pilons d’une même forme, traite ainsi de l’altération par la copie et du déclin progressif
culturel. Ou bien, si l'on inverse le sens de lecture en se positionnant face au pilon blanc, la pièce évoque un
retour aux sources, une identité retrouvée.


GRAVITON(S), exposition collective, Galerie Duchamp, Yvetot, 2014


Parcours Saint-Germain 2015, exposition personnelle chez Heschung, rue du Vieux Colombier, Paris